Le regard tendre du sage sur Pentecôtavic

A Vic-Fezensac, André Cabannes est l’homme qui réunit les deux mondes de la corrida et de la fête

 

 

Gers : le regard tendre du sage sur Pentecôtavic

André Cabannes rêve de toros et de fêtes où les deux se mêlent dans le respect de chacun © Photo Philllipe Bataille

 
L'auteur de la Charte de bonne conduite à Pentecôtavic, c'est lui. L'ancien prof de sport à la fac de médecine, pharmacie, dentaire de Toulouse vient de siffler la fin de la récré pour ceux qui ne savent pas se tenir au comptoir. S'ils ont le droit de mettre les coudes sur la table, il leur est désormais formellement interdit de se livrer à la débauche en plein air.
 

Pilier de la ville, figure du sage parmi les anciens, André Cabannes, originaire de Vic-Fezensac, assume aujourd'hui la vice-présidence du Club taurin vicois avec Marcel Garzelli et la coprésidence de l'association Pentecôtavic, qui organise la fête. Il forme le trait d'union de ces deux aspects de la feria qui ne se sont pas toujours entendus comme larrons en foire. Sœurs jumelles, parfois jalouses l'une de l'autre. André Cabannes, sa bienveillance et sa finesse d'esprit viennent d'unifier les mundillos de la fête et de la corrida.

  • « Quand on se sent beau… »

L'ancien entraîneur universitaire des Castagnède, N'Tamack, Galthié, Ibañez ou Bru attache beaucoup d'importance à l'éducation. Faire la fête dans le respect des autres et sans mettre sa vie et sa santé en danger, ça s'apprend comme on apprend à viser l'en-but. Le demi d'ouverture de la SA Condom puis du Racing Métro (1974-75) sait bien que Rome ne s'est pas faite un jour. « C'est la première année que nous éditons cette charte de bonne conduite à Pentecôtavic, annonce-t-il. Elle sera affichée dans toutes les bodegas et les campings. Il faudra du temps pour que les mentalités changent, que les jeunes cessent de s'alcooliser bêtement sans profiter des moments d'amitié, que les gens viennent sales à la fête et qu'ils s'amusent à arracher les panneaux de signalisation simplement parce qu'ils trouvent cela comique. »

Le Vicois, champion de France troisième division avec Vic en 1967, admire la fibre festive des Espagnols. « Quand ils font la fête, ils sont très élégants. Ici, on estime qu'il faut se mettre dégueulasse ! J'avais des étudiants en médecine, des Toulousains, toujours tirés à quatre épingles, mais quand ils venaient à Vic, ils étaient sales comme des peignes ! » Il a donc écrit sur la charte : « Une tenue propre et décente tu porteras. » Parce qu'aussi, « quand on se sent beau, on a moins besoin de se saouler ».

Dans la vie de cet ancien professeur de rugby, golf et tennis à l'université Paul-Sabatier, les toros occupent une grande place. « Quand on était petit, on ne se posait même la question, on allait aux arènes. J'y viens donc depuis que je suis gamin. » Sa passion et les hasards de l'existence l'ont conduit à picorer une autre vie. Pendant vingt-deux ans, la voie d'André Cabannes signait des chroniques tauromachiques pour TF1. « C'était rigolo ! Avec l'équipe qui venait de Toulouse, nous étions souvent à Pampelune, nous sommes même allés au Mexique. Jean-Pierre Pernaut aimait bien mes sujets. » Le mundillo des bêtes à cornes lui offre sa considération. Les festayres aussi.

En 2012, l'année de la fermetu-re disciplinaire et sécuritaire (45 000 personnes, dont une bonne partie avinée, ne fait guère bon ménage avec des habitants plutôt habitués à la tranquillité) décidée par l'ancien maire, André Cabannes ne peut se résigner à voir mourir sa fête (la corrida, elle, a perduré). « Vic sans Pentecôtavic - et d'ailleurs, sans Tempo Latino - c'est la mort de la ville, estime-t-il. La fête sans corrida n'a pas de sens et la corrida sans fête péricliterait. Les deux s'imbriquent. » Il a donc souhaité étayer le programme festif. « Chaque soir, nous proposons deux concerts gratuits. » Il aimerait d'ailleurs l'affermir pour les prochaines éditions car « il faut apprendre aux jeunes, aux enfants, que faire la fête ce n'est pas un concours d'alcotest. »

André Cabannes se réjouit de l'union sacrée déclenchée, il y a tout juste un an, au sein de la ville. Avant, les commerçants rechignaient à mettre la main au porte-monnaie pour financer des animations alors qu'ils faisaient allègrement sonner le tiroir-caisse durant les trois jours de Pentecôtavic. « Désormais, non seulement ils participent, témoigne “Dédé”, mais en plus ils le font avec, j'ai l'impression, du plaisir. Ils ont pris conscience que tout le monde doit s'y mettre pour faire perdurer notre fête. »

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