Feria : l’heure du bilan

 

Feria : l’heure du bilan

Gabin Rehabi, durant la course de Cebada Gago © photo Michel Amat Sud-Ouest

 

La carcasse de béton des arènes est retombée dans le silence, les tourterelles ont leur

emplacement sur les couloirs des corrales, les mésanges sont étonnées de ne plus avoir

pour compagnons de grosses bêtes noires alors qu'elles picoraient dans leur fourrage. Au bureau du club, on prend connaissance des courriers ou mails des aficionados, on répond à certains. Rencontre avec Marcel Garzelli et André Cabannes pour un bilan des corridas 2014

 

« Sud Ouest ». Quel est le bilan général de cette feria ?

Club taurin vicois. Malgré la crise et ce qui se passe dans d'autres affaires, nous avons un nombre d'entrées légèrement supérieur à l'an dernier, nous n'avons pas encore terminé les comptes, mais nous devons équilibrer.

 

PALMArès

Prix Paul-Clarac (meilleur toro de la feria) : Castañuelo de Cebada Gago (N° 92).

Prix Jean-Jacques BAYLAC (meilleure pique) Gabin Rehabi sur Amante de Cebada Gago (N° 101).

 

Quant à la tauromachie, la satisfaction vient des jeunes toreros qui nous ont supris par leur professionnalisme et leur sincérité dans leur lidia.

Vous avez débuté avec un mano a mano inhabituel avec un élevage de réputation (Adolfo Martin), comment le jugez -vous ?

On nous a accusés d'avoir fait lidier des toros de petit format, rappelons qu'à Madrid le poids s'inscrit dans une fourchette de 480 à 500 kilos. Le lot était bien présenté dans son type d'encaste, armures astifinos, pelage salpicado, ils n'ont pas manqué de férocité et n'ont oas eu assez de moteur, il n'y a pas eu ce moment d'étincelle qu'on peut attendre de cette encaste.

Pour les toreros, Antonio Ferrera est arrivé après une voltereta à Madrid et des difficultés avec une jambe, il a été professionnel sans flamme. Manuel Escribano a montré qu'il savait communiquer avec le public. Il a parfaitement adapté sa faena au toro qui avait beaucoup de noblesse. Sa paire de banderilles por dentro a bougé les tendidos.

La corrida de Cebada Gago a- t-elle répondu à vos objectifs, donner la possibilité de s'exprimer à des toreros qui sont rarement à l'affiche à l'exception d'Arturo Aguilar ?

Le lot des Cebada Gago était plus fort que celui de l'an dernier, toujours très conforme à l'encaste, avec des pelages variés et des armures en pointe. Deux ont été remarquables. Amante (N° 101) a donné un beau spectacle au tercio de pique avec Gabin Rehabi sur le cheval de la cuadra Bonijol.

Et Castañuelo N° 92, un grand toro, a permis à Manuel Jésus Perez Mota de montrer qu'il était un torero technique, sachant bien adapter sa muleta aux embestidas des toros.

Nous avons retrouvé Luis Vilchès, qui après deux années sabbatiques a repris les trastos, dans un toreo posé, calme mais dominateur. Alberto Aguilar est arrivé blessé, il a fait sa faena sans plus.

En référence aux deux toros de Pagès-Mailhan qui avaient remporté les prix dans deux corridas concours, les aficionados attendaient un grand après-midi de toros, hélas..

Effectivement on espérait et ce fut le naufrage, sur neuf toros de l'élevage on n'a pu en sortir que quatre. Nous nous sommes mis à la recherche de toros sans en trouver, nous avions heureusement deux sobreros de Cebada Gago.

Morenito de Aranda a eu un sorteo malheureux. Joselito Adame, malgré sa volonté, n'est pas arrivé à dominer son toro. On est arrivé à une conclusion heureuse avec Thomas Dufau, qui a toréé avec maîtrise et a achevé sa faena par une bonne mise à mort, et une oreille est tombée du palco.

Avec les Dolorès Aguirre, on a retrouvé les grands moments de la corrida vicoise, c'est votre point de vue ?

Une grande mansada, avec des toros de mala casta, puissants, qui occupaient tous les terrains. Il y a eu des moments de vérité. Quand on a vu les banderilleros de Javier Castaño mettre les palos dans le sable, on a pu imaginer la sauvagerie de ce toro.

On a vu alors un jeune torero, Alberto Lamelas, chauffeur de taxi dans le civil, engager le combat et ne jamais rompre, même lorsque les cornes touchaient l'or du boléro. Jugeant selon la règle, on lui a accordé une oreille. Le public a mené une pétition massive pour une deuxième, mais la présidence oublia l'héroïsme d'Alberto Lamelas, qui s'est joué la vie. Un grand moment d'émotion qui devient de plus en plus rare.

Bilan analysé, comptes faits, pensez-vous déjà la feria 2015 ?

Le club taurin est dans une marche positive et il peut envisager l'avenir avec sérénité.

Recueilli par Pierre Dupouy  Sud-Ouest du vendredi 13 juin 2014