La Feria de Vic 2016 vu par Antonio Purroy adressé aux aficonados de Pamplona

Antnio Puroy Antonio Purroy, le plus français des aficionados espagnols, n’est plus à présenter.Il vient de nous communiquer un article, intitulé "Toros en Francia", qu’il destine à la revue du Club Taurino de Pamplona et qu’il nous autorise à traduire et publier en avant-première.

Ces "Toros en France" vus d’Espagne nous comblent d’aise. Dans une première partie, Antonio, explique ce qu’ils doivent à l’aficion. Nous nous y retrouvons très bien puisque à l’initiative des premiers succès historiques qu’il énumère, amendement à la loi Grammont de 1951, création de l’UVTF en 1966, création avec les autres entités taurine de l’ONCT
en 2008, il y a toujours eu notre Fédération. À compter de 2008, elle s’est associée aux actions de l’Observatoire au sein duquel elle compte un Secrétaire Général et trois Vice-Présidents.Dans une deuxième partie, il propose l’exemple de Vic, et en fait une destination essentielle. Plaza où le premier tiers est “l’axe de la fiesta” bien que les picadors, comme en Espagne, ne piquent pas les animaux à l’endroit où il faudrait, ville où l'on fait la fête dans la rue presqu'aussi bien qu'à Pamplona.

Je suis persuadé que les aficionados de Pamplona liront l'article avec beaucoup d'intérêt et que nos lecteurs qui en ont la primeur vont en faire aussi leur grand profit.

Merci pour tous, Antonio, vous êtes excellent.

J.-J. D.
Toros en France


Ce qui s’est passé en France avec les taureaux ces dernières années est digne de considération, non que le nombre des spectacles en ait été augmenté, mais par la tournure qu’a prise la fiesta en raison de la structuration et de la réaction des aficionados : il y a beaucoup de sérieux et d’originalité dans la programmation des ferias et les aficionados se sentent engagés dans la défense de la Tauromachie par leur aide participative aux festejos, ce qui est la meilleure manière de faire.

En France, la culture taurine est minoritaire, ce qui lui confère un certain droit à être protégée et oblige les aficionados à se défendre des antis taurins qui sont très violents. Après une longue période au cours de laquelle ils ont subi beaucoup d'attaques, ils ont obtenu que les autorités politiques et policières les protègent, pour qu’ils assistent aux courses de taureaux sans risque.

La défense de la Fiesta

Il y a déjà longtemps (1850), une loi dite “loi Grammont” punissait d’une amende toute personne coupable d'avoir maltraité publiquement et abusivement des animaux domestiques. Les taureaux n’étaient pas spécifiquement visés parce qu’alors les courses de taureaux n'étaient pas encore célébrées "à l'Espagnole" : jusqu'à 1891 la loi ne s'est pas appliquée aux corridas qui se multipliaient principalement dans le sud le sud de la France, bien qu'elles arrivèrent jusqu'à Paris et, même, au-dessus (Le Havre). Comme il est à supposer qu’il y eut des alternances de répression et complaisance, les courses  continuaient d'être célébrées, ainsi qu’il était arrivé en Espagne à la suite de la grande prohibition de Charles IV (1805).

En 1951, un amendement de la Loi Grammont, précisa que "la loi ne s'applique pas aux courses de taureaux quand une tradition locale ininterrompue peut être évoquée" (Art. 521-1, alinéa 7, du Code Pénal). Cela autorisait la célébration des courses de taureaux au sud de la France et, donc, signifiait un grand triomphe pour la Tauromachie française.

Un autre grand pas vers la consolidation de la Fête fut la création de l'Union de Villes Taurins de la France (UVTF, 1966), qui est une association de municipalités taurines s’obligeant à élaborer et à appliquer un règlement taurin. Cette association est composée des maires des agglomérations qui organisent des corridas. Dans chaque ville-membre existe obligatoirement une Commission Taurine Extra-Municipale (CTEM) qui conseille le maire et qui peut arriver jusqu’à être directement impliquée dans l'organisation des spectacles (à Dax, par exemple).

Plus récemment, en 2008, l'Observatoire National de Cultures Taurines (ONCT), a été créé afin d'étudier, défendre, et promouvoir la culture taurine, qui doit être respectée par l'importance de son patrimoine culturel et artistique. Il s’applique aussi à contrecarrer les attaques lancées par les antis taurins et, même, de leur opposer des actions légales pertinentes.

La réussite la plus importante de l'ONCT, toujours en collaboration avec l'UVTF, a été d'obtenir que le Ministre de la Culture inscrivît la Tauromachie à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel français (2011). Les associations antis taurines n'ont pas tardé à recourir au Conseil Constitutionnel, la plus haute instance juridique française. La réponse du Conseil Constitutionnel a été sans équivoque, il a déclaré la Tauromachie conforme à la Constitution. Cette victoire juridique peut être considérée comme la plus importante de  celles remportées par l’aficion française.

Vic-Fezensac : un cas exemplaire

En France, il y a six places de taureaux de première catégorie et l'une d'elles est Vic-Fezensac. J’attire l’attention sur le fait qu’il s’agit une ville d'environ 3500 habitants possédant une arène de 7000 places. Sa feria est mobile puisqu'elle coïncide avec la fête religieuse de Pentecôte, la Pentecôte, qui a une grande importance en France, un pays laïque par excellence.  Elle se compose de quatre courses de taureaux : une le samedi après-midi, deux le dimanche et la quatrième le lundi de Pentecôte ; prennent place en outre une novillada non piquée dans la matinée du lundi  et  un tentadero le samedi …

Ce qui surprend le plus à Vic, c'est la grande aficion de ce village pour les toros, c'est une feria très torista et c'est pourquoi elle attire beaucoup d'aficionados français et espagnols. Cette année il s’y est combattu des taureaux portant les fers de Baltasar Ibán, Valdellán et Victorino Martin. Il y a eu aussi une corrida concours, avec une grande variété d'encastes : Quintas, Los Maños, Hoyo de la Gitana, Martinez Pedrés, Flor de Jara et Pedraza de Yeltes. Le niveau moyen de la course a été élevé, le prix a été remporté par le santacoloma de Los Maños, un taureau très brave aux piques qui, bien qu'il se soit employé et beaucoup dépensé contre le cheval, est arrivé avec détermination à la muleta.

Le Club Taurin de Vic constitue, à la demande de la mairie, la Commission Taurine Extra-Municipale, choisit les courses au cours de l'hiver et contracte avec les toreros, avec l'aide de l'entrepreneur français, Alain Lartigue, un homme qui a la Fiesta dans la tête. Ce sont des gens sérieux, informés et aficionados.

L'axe central de la feria est la Suerte de Varas. Les raies dans l'arène se tracent comme pour une corrida concours, un seul cheval en piste, sans monosabios, puisque le diamètre de l'arène est très petit. Le taureau est placé de plus en plus loin à mesure que se répètent les assauts. Le picador cite avec véhémence, tout en patientant jusqu'à ce que le taureau s’arrache, il est peu puni chaque fois … et revient à la charge, jusqu'à prendre trois ou quatre piques. Bien que l'exécution de la suerte puisse être correcte, le placement de la pique est néfaste : presque toujours postérieure et tombée, une véritable peine, c'est comme ce qui arrive en Espagne. Les picadors ne savent-ils pas ou ne veulent pas faire bien ? Est-ce intentionnel ou non ? Dans tous les cas, c'est un massacre, ces messieurs se sont convertis en plus grands antis taurins de la Fiesta en mettant en pièces les animaux et en indisposant le spectateur qui voit où tombe la pique, en déduit le dommage qu’elle cause à l'animal. Il ne s'agit pas de piquer beaucoup ou peu, il s'agit de piquer bien.

Le public qui remplit pratiquement les gradins, est très entendu et exigeant. Lors du combat du premier taureau de cette année, comme le pique impactait en arrière et en bas, j’ai entendu une voix dans les gradins crier : "picador, nous ne sommes pas en Espagne", j'en ai éprouvé de la honte.

Durant trois jours la fête tourne autour du taureau. Cette année et afin d'éviter de possibles attaques antis taurines, le centre historique de la ville a été protégé par la police : on ne pouvait pas y entrer en voiture et lors des passages permis, il fallait se soumettre à une fouille, personne ne se plaignait et c’était acceptée pour la sécurité de la feria. Durant les nuits, impossible de fermer l’œil tant la fête est bruyante, non seulement les jeunes mais aussi des personnes d’âge mûr, les Sanfermines se font petites. Ça vaut la peine d’y revenir.

Antonio Purroy Unanua
"Toros en France" par Antonio Purroy