Retour sur la journée de “Toros y Vinos 2016” Novillada de Dolores Aguirre dimanche 18 Septembre

Images Yves Pétriat Feria Tv

Reseña de Florent Moreau - Semana Grande du lundi 19 septembres 2016
DERNIÈRE CUVÉE

Il existe dans l'histoire des toros en France une tradition des courses de fin saison. Selon les endroits, soit elles se sont maintenues dans le calendrier, soit elles ont disparu. Corrida des Vendanges à Nîmes (devenue feria complète), corrida des Vendanges à Arles (devenue feria du Riz), Saint-Matthieu à Vic-Fezensac, Saint-Ferréol à Céret, entre autres. Dimanche à la sortie des arènes de Vic, il se murmurait que cette date ne serait plus à l'avenir reconduite, à cause des trop modestes affluences (Barcial 2014, Granier 2015, Dolores Aguirre 2016). Beaucoup de toro, peu de public. Comme pour la sensationnelle novillada de Valdellán au mois d'août 2013, devant là-aussi une affluence réduite. La ganadera Doña Dolores Aguirre Ybarra est décédée le 12 avril 2013. Ses novillos de dimanche à Vic étaient nés entre novembre 2012 et mars 2013. Sa dernière cuvée, les derniers qu'elle ait pu voir naître. Mais l'on peut en revanche être certain que l'histoire de ce si bel élevage durera encore. À Vic, six novillos splendides et d'une présence remarquable. Dignes représentants de la devise jaune et bleue, du "mucho toro", qui s'oppose au "poco toro" de nombreuses ferias actuelles. La caste en permanence, à fleur de peau. Solides, encastés, et à leur actif, les plus beaux tiers de piques de la saison 2016. Vingt piques à y laisser leur peau, à terrasser les chevaux avec une force incroyable, les faire tanguer, les soulever, les envoyer aux planches. Et après cela, les pensionnaires de Dolores Aguirre gardèrent toujours de l'allant, finissant même souvent leurs combats au centre de l'arène. La course, qui n'était pas évidente du tout, a été de bonne tenue grâce à des cuadrillas expérimentées. Même si les tiers de banderilles n'ont pas toujours été évidents, plusieurs subalternes y sont allés avec cran et ont été ovationnés : David Adalid et El Pela au troisième, Jesús Talaván et José Antonio Ventana "Toñete" au quatrième. Il faut dire que la course avait commencé avec "Pitillito II", le fameux numéro 32, qui éblouissait déjà sur les photos. Magnifique de présentation, quatre piques avec puissance et caste, et de l'émotion dans la muleta. Manolo Vanegas, qui l'affronta, connaît une grande saison et ne passa pas à côté. Quel beau combat, avec des naturelles très valeureuses en fin de parcours, et une belle estocade. Une oreille méritée, et grande ovation à l'arrastre. Cela ne pouvait guère mieux débuter. Et si le quatrième Aguirre aura été le moins intense du lot, il possédait lui aussi de la caste ! Mais pas autant que le deuxième de l'après-midi, "Comadroso", qui poussa avec grande bravoure en trois piques, faisant mordre la poussière à l'équipage à la deuxième rencontre. A la muleta, il était encasté avec des charges vibrantes. Tout comme le cinquième, "Pitillito III", un autre grand novillo. C'est le colombien Juan de Castilla qui affronta ces deux-là, et si certes tout ne fut pas parfait, il eut le mérite de faire face, avec courage, dans un esprit bagarreur, et en s'engageant toujours à l'épée. Les deux Dolores Aguirre destinés au mexicain Gerardo Rivera, vêtu d'un costume tout noir, étaient aussi des cornus fidèles à la réputation de la maison. Le troisième, "Guindoso", fut surpuissant face au cheval, avant que sa caste ne déborde le novillero à la muleta. Enfin, le novillo combattu en dernier aurait initialement dû sortir en troisième position. Mais le personnel des arènes n'arrivant pas à lui faire quitter le toril, il fut finalement sorti en sixième. Un novillo très compliqué, manso, encasté, violent et dangereux, face auquel Gerardo Rivera montra encore son métier insuffisant. Ce dernier alla rapidement chercher l'épée, reconnaissant quelque part et avec honnêteté ses lacunes, avec son impossibilité d'en faire davantage. Silence et silence pour Gerardo Rivera. Applaudissements aux trois novilleros à la sortie des arènes, même pour Rivera, car c'est toujours une performance d'aller affronter les toros marqués du fer de Dolores Aguirre. Un élevage qui aura connu une superbe année 2016, en étant malheureusement boudé par les grandes arènes. On se souviendra de cette novillada de dimanche à Vic, de la caste et de la puissance des Dolores Aguirre, de leur entrée en piste jusqu'à l'estocade. Le mayoral aurait dû saluer. Et de cette cuvée, on aimerait bien en reprendre encore...
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Reseña de Antoine Torrès
Vic-Fezensac : La vérité taurine en piste
La novillada donnée à Vic-Fezensac à l’occasion de la journée Toros y Vinos n’a manqué ni d’intérêt, ni d’intensité. Les novillos des héritiers de Doña Dolores Aguirre se sont montrés parfaitement dignes de leur réputation sulfureuse. Parfaits de présentation et d’armures, ils auraient pu faire pâlir de jalousie bien de lots de corridas formelles. Leur caractère fut conforme à leur encaste. Sortis souvent « abantos » (réservés), il s’allumèrent ensuite sous le fer. Ils poussèrent la plupart du temps avec grande puissance, mais sortirent souvent sans y être invités. Je ne parlerai donc pas de franche bravoure, mais plutôt d’une certaine « mansedumbre » accompagnée d’une caste débordante. Ils prirent pas moins de vingt piques et, croyez moi, des piques « de verdad » et non ces piqûres homéopathiques que l’on a l’habitude de voir de plus en plus dans les arènes, histoire de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. A la muleta, ils eurent des comportements variés, allant de la noblesse du novillo d’ouverture aux complications du « manso » de clôture, dangereux, avisé et puissant qui venait de prendre sans broncher quatre piques. Tous demandèrent les papiers à leurs adversaires en habit de lumière et cinq sur six  furent ovationnés à l’arrastre.
Face à ces novillos exigeants, les novilleros n’ont jamais démérité, chacun faisant de son mieux avec le bagage technique qui était le sien. Le Vénézuélien Manolo Vanegas a démontré être prêt pour passer dans la classe supérieure. Il a su profiter dans un premier temps de la noblesse initiale du novillo d’ouverture et ensuite s’imposer, lorsque ce dernier commençait à s’aviser. Il porta une estocade sincère et efficace et coupa une oreille justement gagnée. Il améliora le quatrième, un « manso » très charpenté avec caste et « genio », aux charges courtes et tardives. Il tua au deuxième envoi et n’eut donc droit qu’à un salut depuis les tiers. Juan de Castilla a fait d’énormes progrès en cette fin de saison.  Face à son premier adversaire aux charges courtes, certes il toréa en force et eut du mal à dominer, mais il montra de jolis gestes et beaucoup d’envie. Il tua d’une lame longue d’effet et décrochée et dut se contenter d’un salut depuis les tiers. Avec le cinquième, un novillo très charpenté, violent et pétri de caste, le Colombien fut à nouveau très appliqué et méritant, mais eut à nouveau des problèmes avec l’acier. Silence. Gerardo Rivera, moins expérimenté que ses collègues, fut le plus mal servi par le tirage au sort. Il pleut toujours sur les mouillés… Son premier adversaire ne voulant pas sortir du « chiquero », il dut affronter d’abord le sixième, un magnifique novillo très bien armé, qui poussa d’abord trois fois la cavalerie avec puissance et forte conviction. Face aux charges courtes, violentes et dangereuses, le jeune Mexicain eut le mérite de rester devant et de le faire passer coûte que coûte sur les deux bords. Certes ce n’était ni parfait, ni très dominateur, mais terriblement honnête et honorable. Pour toréer le sixième, il aurait fallu demander à Ruiz Miguel de descendre de la statue, où il est figé devant les arènes depuis quelques décennies. Je suis sûr qu’il l’aurait fait en pestant et en disant selon son expression : « Ceci n’est pas un toro, mais  une « alimaña » (une bête nuisible) ! Le novillero, malgré toute sa bonne volonté dut abréger.
Une très intéressante novillada avec six premiers tiers exceptionnels, des deuxièmes tiers du plus haut intérêt (salut de Jimenez Escudero et du fabuleux banderillero David Adalid au troisième et de Manuel Linejo et José Gomez au quatrième)et des troisièmes tiers d’une grande intensité. Ce spectacle valait bien mieux qu’un tiers d’entrée. Tant pis pour les absents !
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